Origine et histoire de l'enceinte du Moyen âge
L’enceinte médiévale de Strasbourg trouve ses origines dans les fortifications romaines du castrum d’Argentoratum, édifié entre le Ier et le IVe siècle pour abriter la VIIIe Légion. Après le départ des Romains au Ve siècle, les habitants locaux maintiennent ces remparts sous l’autorité épiscopale, formant le noyau de la future ville médiévale. Les premières extensions significatives interviennent entre les XIe et XIIIe siècles, avec l’intégration des faubourgs (comme la Neustadt) et la construction de murs en pierre, fossés et tours, dont la Tour aux Deniers (1322), symbole des libertés communales.
Au XIVe siècle, Strasbourg, devenue ville libre du Saint-Empire, étend son enceinte pour englober 202 hectares et 25 000 habitants. Quatre agrandissements successifs (1200–1444) intègrent les faubourgs ouest (Finkwiller, Krutenau) et nord, avec des portes fortifiées comme les Ponts-Couverts (XIIIe siècle) ou la Tour-aux-Florins (1476). Ces défenses médiévales, adaptées aux armes blanches et aux archers, deviennent obsolètes avec l’avènement de l’artillerie au XVIe siècle.
Face à la menace des canons, l’ingénieur strasbourgeois Daniel Specklin (1536–1589) modernise l’enceinte entre 1576 et 1589 en y ajoutant 16 bastions inspirés des théories italiennes, mais adaptés aux spécificités locales (courtines raccourcies, tirs croisés optimisés). Ces travaux, menés par étapes faute de finances, transforment Strasbourg en une forteresse « à la Specklin », réputée invincible. Pourtant, en 1681, la ville capitule sans combat face à Louis XIV, marquant son rattachement à la France.
Sous l’autorité française, Sébastien Le Prestre de Vauban (1633–1707) inspecte les défenses en 1681 et y apporte des ajustements mineurs, jugeant le système Specklin encore efficace. Il construit cependant deux ouvrages majeurs : la Citadelle (1682), destinée à contrôler le pont sur le Rhin, et le barrage Vauban (1685–1700), un pont-écluse permettant d’inonder les faubourgs sud en cas de siège. Ces aménagements s’intègrent dans un réseau de places fortes alsaciennes (Neuf-Brisach, Landau) conçu pour freiner les invasions.
L’enceinte résiste jusqu’au siège prussien de 1870, où les bombardements détruisent une partie des remparts et de la ville. Après l’annexion allemande, Strasbourg devient une capitale régionale fortifiée : les Allemands démantèlent les murs médiévaux (1875) et construisent une nouvelle enceinte polygonale (1876–1884), longue de 11 km, entourée de 14 forts détachés (système von Biehler). Ces fortifications, obsolètes dès 1885 avec l’arrivée des obus explosifs, sont partiellement conservées comme vestiges, tandis que la ville s’étend en une Neustadt (ville nouvelle) triplant sa superficie.
Au XXe siècle, l’enceinte est déclassée (1922–1927) et démolie pour laisser place à des boulevards. Seuls subsistent des fragments classés, comme le mur du fossé des Orphelins (1929) ou les bastions 14–17 (2009). Les Ponts-Couverts et le barrage Vauban, devenus symboles de Strasbourg, rappellent aujourd’hui ce patrimoine militaire, tandis que les vestiges romains (place du Temple-Neuf) témoignent des origines antiques de la ville.